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A la base l’idée
est séduisante. En mars dernier, la ministre du logement
Christine Boutin a lancé le dispositif appelé
« la propriété solidaire », fondé
sur l’usufruit locatif. L'usufruit locatif social consiste
en un démembrement temporaire du droit de propriété
d’un bien immobilier. La nue-propriété appartient
à un propriétaire privé qui vend l’usufruit
de ce bien, autrement dit son usage, à des organismes
HLM ou des associations qui vont mettre le logement en location,
avec des loyers modérés.
Le dispositif existait déjà, mais la nouveauté
apportée par Christine Boutin est la possibilité
d’étendre aux logements les plus sociaux, ceux
en prêt locatif à usage social (Plus) et en prêt
locatif aidé d'intégration (PLAI), le dispositif
de l’usufruit, jusqu’à là uniquement
réservé aux logements en prêt locatif
social (PLS).
Bérénice Tournafond, fiscaliste et spécialiste
de la question du démembrement de propriété,
interviewée par la webradio AWI, reste sceptique sur
les modalités d'application de cette mesure. Elle souligne
les limites de cette mesure : « Comment va-t-on financer
le prix global de l’usufruit locatif en plus du prêt
PLAI ? Il faut attendre de voir comment les premières
opérations se font, si on obtient les financements,
si les propriétaires sont intéressés
pour vendre leur usufruits dans ces conditions à des
organismes HLM. Il faut encore un peu de temps pour avoir
une idée de l’effectivité de cette mesure.
»
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| D'autant
que les ménages ont de plus en plus de mal à
payer leur loyer, le nombre de procédures d'impayés
voire d'expulsions ne cessant d'augmenter, alors que plus
de 4 millions de ménages locataires du parc privés
pourraient prétendre bénéficier d’un
logement social en ayant recours à l'usufruit. L’an
dernier 1 200 000 personnes étaient en attente d’un
logement social mais seulement 80 000 logements sociaux ont
été mis en chantier. |
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Face à cela, Bérénice Tournafond suggère
que l’usufruit entre particuliers soit plus fréquemment
envisagé comme une troisième voie pour se loger
– la première étant la propriété
et la deuxième la location. D’autant que l’usufruit
revient moins cher qu’un loyer. « Les usufruits
sont acquis sur la base de 50 à 60% du loyer nets pour
la durée de l’usufruit. Ces loyers sont payés
d’avance. Le montant du remboursement mensuel pour un
logement est donc bien inférieur lorsque l’on
achète de l’usufruit » explique Bérénice
Tournafond.
Mais ce dispositif se trouve confronté à des
problèmes techniques, juridiques et fiscaux «
à cause de zones d’ombre ou des prises de positions
de l’administration fiscale qui ne sont pas encore très
claires » avoue la spécialiste. Même si
le plus gros frein dans une démarche d’acquisition
d’usufruit reste avant tout son financement. «
Lorsque nous montons un dossier et que nous allons voir une
banque pour lui proposer de financer une acquisition en usufruit
pour quelqu’un qui n’est pas dans une situation
facile et qui a besoin de se loger à moindre coût.
La banque ne prête pas. », précise Bérénice
Tournafond. Et la spécialiste de lancer un dernier
appel : « Si il y avait une volonté politique
forte pour inciter ce type d’opération, nous
y arriverions plus facilement ».
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