PERFORMANCES ENVIRONNEMENTALES : LA TURQUIE A ENCORE BEAUCOUP A FAIRE


Oui, cette image teintée « tourisme » est superbe. On se croirait au royaume des Mille et Une Nuits. Mais la réalité est tout autre !

Sans mesures concrètes pour améliorer l’efficacité énergétique et accroître l’utilisation des sources d’énergie renouvelables, la Turquie continuera d’augmenter ses émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines années. Telle est la conclusion que tirent les auteurs du dernier rapport publié par l’OCDE qui ne manquent pas de faire quelques recommandations pour remédier à la situation.

Les causes des mauvaises performances environnementales de ce pays de près de 80 millions d’ habitants auxquels s’ajoute 1,9 million de réfugiés syriens, et dont la population urbaine représente 75 %, s’expliquent pour plusieurs raisons.

Tout d’abord une forte dépendance au charbon, pétrole et gaz, les énergies fossiles représentant 88% du mix énergétique, mais aussi une demande énergétique en forte croissance.

Pourtant, en une décennie, des incitations à l’investissement ont permis de doubler l’utilisation d’énergies renouvelables qui atteignent désormais 12%. Tout reste donc à faire.
Car en dépit de cette progression notable, les émissions de gaz à effet de serre de la Turquie ont augmenté de 49% entre 2005 et 2016, contre une baisse de 8% dans la zone de l’OCDE au cours de cette période.

Alors que la Turquie a signé l’accord climat de Paris de 2015, ce pays est le seul de l’OCDE à ne pas s’être engagé formellement sur des objectifs en termes de lutte contre le réchauffement climatique à l’horizon 2020 .

Selon Rodolfo Lacy, Directeur de l’environnement à l’OCDE : «La Turquie a bien commencé à passer à une énergie plus propre, mais doit redoubler d’efforts et investir davantage dans l’énergie géothermique, solaire et éolienne». Et d’ajouter : « Fixer des objectifs d’efficacité énergétique devrait également être une priorité. »

Force est néanmoins de constater que la Turquie aligne de plus en plus ses réglementations environnementales sur les normes de l’UE. Toutefois, leur mise en œuvre et leur application s’avèrent beaucoup plus difficiles à faire passer au sein de la société et des institutions.

Dans l’examen que livre l’OCDE, les experts saluent l’utilisation par la Turquie de taxes environnementales, en particulier l’application de taux élevés sur l’essence et le diesel. Une taxation qui a en réalité un effet pervers puisqu’elle incite les consommateurs à acheter des véhicules d’occasion, souvent plus âgés dont les émissions de CO2 et autres particules fines sont par définition très éloignées des normes.
Ils appellent également à la suppression progressive des subventions aux combustibles fossiles afin de promouvoir des options d’énergie et de transport plus propres.

Il est vrai que des moyens de transport plus propres contribueraient à réduire la pollution atmosphérique qui enregistre régulièrement des pics dans les grandes villes comme Istanbul ou Ankara notamment. Si la circulation en milieu urbain est l’une des causes majeures de pollution, la qualité de l’air dans les grandes villes et les régions industrialisées est loin d’être conforme aux directives de l’Organisation mondiale de la santé. En cause notamment, les centrales à charbon.

Alors que la Turquie a bien progressé dans l’amélioration des installations de traitement des eaux usées en raison de la piètre qualité de l’eau de surface, le rapport souligne que des problèmes subsistent en ce qui concerne les déchets municipaux, dont 90% sont encore mis en décharge par rapport à la moyenne de l’OCDE qui est de l’ordre de 42%.

D’où les recommandations avancées pour que la Turquie s’inscrive comme un véritable acteur de la transition écologique :

Tout d’abord en ratifiant l’Accord de Paris et en adoptant une stratégie à long terme de réduction des émissions intégrant les objectifs climatiques et énergétiques.

Ensuite, plusieurs mesures sont prescrites :

Réduction de la part des combustibles fossiles, en particulier du charbon, dans le mix énergétique et augmentation de la part des énergies géothermique, solaire et éolienne.

Fixation d’objectifs mesurables en termes d’efficacité énergétique dans les secteurs de l’énergie, du logement et des transports.

Mise en place de davantage d’incitations économiques aux investissements dans l’efficacité énergétique dans les bâtiments.

Élaboration d’une stratégie nationale de réduction de la pollution atmosphérique.

Réforme du système de taxation des véhicules et des carburants pour supprimer les exemptions et intégrer les critères d’émissions.

Élimination progressive des exonérations fiscales pour la consommation de combustibles fossiles et remplacement de l’aide au charbon pour les familles à faible revenu par un soutien à la transition vers des alternatives plus propres.

Recep Tayyip Erdoğan, Président de la Turquie saura t’il prendre en considération ces conseils avisés émanant d’experts de l’OCDE dont son pays situé aux confins de l’Asie et de l’Europe est notamment membre. Pourquoi pas ?

De belles performances environnementales valoriseraient la Turquie et seraient à n’en pas douter visibles depuis la mer Egée, la mer Noire, la mer de Marmara, la Méditerranée…

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