L’INTERVENTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE NE PEUT PLUS ATTENDRE*

Quel que soit le décor qui sera choisi, rarement intervention d’un président de la République française au regard d’évènements préoccupants tenant en l‘occurrence à la situation critique d’une part importante de la population française, aura été aussi attendue, aussi longtemps.

Surtout lorsque des manifestations d’ampleur au caractère violent et préjudiciable, menaçant l’économie française, trouvent en raison de leurs lieux symboliques de résonance, écho bien au delà de l’Hexagone et de ses DOM TOM. Sachant de plus que ces dernières discréditent les espoirs placés dans des représentants d’un pouvoir qui prétendait rassembler les Français autour d’un projet de société présenté comme particulièrement novateur et prometteur.

Si l’annonce d’une augmentation de la taxe carbone sur les carburants a mis le feu aux poudres ( Chronique du 2/12/2018 »Gilets jaunes : ou le syndrome du pétard à mèche »), les revendications ont ensuite très vite explosé jusqu’à ne plus se compter, ces dernières allant jusqu’à demander la démission du chef de l’Etat.

Face à cette situation, l’obstination dont il a été fait preuve, mais aussi le silence assourdissant du chef de l’Etat constatés depuis le 17 novembre, ont nourri une colère qui vient de loin sur fond de malaise économique social et environnemental, auquel n’ont été apportées jusqu’ici que des mesures déconnectées des réalités de terrain.
D’autant qu’en se montrant à plusieurs reprises déterminés à ne pas changer de cap, le chef de l’Etat, le Premier ministre et le porte parole du gouvernement n’ont fait que souffler sur des braises qui ont déclenché une quasi guère civile, embrasant la capitale et de grandes villes de province.

En confirmant dimanche, qu’Emmanuel Macron s’exprimerait « dès le tout début de la semaine », le porte-parole du gouvernement  jusqu’ici souriant et inflexible avait-il besoin d’ajouter : « La réponse à la crise ne peut pas se résumer à la « signature d’un chèque » pour chaque protestataire ».

Cette présentation de la prochaine intervention d’Emmanuel Macron ne peut en effet que provoquer a priori un réflexe de suspicion, bien que la raison invite avant tout à écouter ce que le président de la République proposera aux Français qui s’estiment sacrifiés et victimes d’une politique qui les dessert tout en favorisant les plus aisés.
Les racailles et casseurs qu’on n’imaginait pas aussi nombreux en France, ont du même coup trouvé par ce biais de quoi se livrer à des actes de violence et destruction foncièrement scandaleux et condamnables.

La légitimité de certaines revendications exprimées par les gilets jaunes s’est ainsi trouvée contrariée, menaçant de rendre l’opinion publique pour le moins dubitative sur les suites à donner à ce mouvement apparemment venu de nulle part.
Néanmoins, force est de constater qu’en dépit de l’incompréhension et du refus de tels débordements, les Français maintiennent dans leur majorité les causes défendues par les gilets jaunes.

Bien sûr, pour ceux qui ne peuvent que regretter de ne pas avoir pas la possibilité d’accéder autant qu’ils le souhaiteraient aux produits de luxe ayant trait aux incontournables comme au superficiel ( logement, véhicule, alimentation, services, habillement, loisirs… ) tout en ayant néanmoins la possibilité de satisfaire à leurs besoins et envies, peuvent difficilement comprendre ce qui justifie un appel à plus d’équité sur le plan économique, fiscal, social et environnemental.

Pourtant, force est de constater qu’en France de trop nombreux ménages survivent au rythme de privations qui un jour ou l’autre font l’objet de revendications dont la légitimité appararait difficilement contestable dans un pays développé, cinquième puissance économique mondiale.

En attendant de savoir ce que dira Emmanuel Macron aux Français après trois semaines de manifestations qui se sont traduites chaque samedi par d’inacceptables actes de violence à Paris comme dans de grandes villes de province, les élections européennes qui auront lieu en mars prochain ne peuvent être prises à la légère.

Après un quatrième samedi de mobilisation des « Gilets jaunes », Emmanuel Macron qui doit annoncer de nouvelles mesures en réponse à cette crise qui met son quinquennat à l’épreuve, n’a pas droit à l’erreur.

C’est d’ailleurs sans aucun doute ce qui explique en grande partie ce temps de latence qui ne fait que renforcer l’attente de réponses claires. Toujours est-il que Emmanuel Macron s’exprimera devant la Nation lundi à 20H.

Avant d’intervenir en direct à la télévision, le président de la République rencontrera, en présence de membres du gouverment, les présidents de l’Assemblée et du Sénat, les représentants des associations d’élus, et une délégation syndicale, qui comprendra un membre de chacun des cinq syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGE et CFTC) et un membre de trois syndicats patronaux (Medef, CPME, U2P)

*NB: Cette chronique a été rédigée dimanche matin, mise en ligne à 14H, avant d’être actualisée à 17H à l’issue de l’annonce de l’intervention multimédias du chef de l’Etat devant avoir lieu le lundi 10 décembre à 20H.

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