REFERENDUM D’AUTODETERMINATION EN NOUVELLE CALEDONIE SANS REEL SUSPENS

Mine de nickel à Koniambo en Nouvelle-Calédonie –


A l’heure où le Brexit conduit à s’interroger sur les conditions dans lesquelles le Royaume-Uni se désolidarisera ou non de l’UE, du sort des 12 PTOM* sous pavillon britannique qui ont pour la plupart des profils de paradis fiscaux (Îles Vierges britanniques, Turks et Caïcos, Caïmans…) il n’est que peu question.
Etonnant dans la mesure où pour aussi curieux que cela puisse paraître, les habitants de ces territoires ultramarins du Royaume Uni n’ont pas été consultés lors du référendum.
Or le Brexit pourrait avoir d’importantes répercussions sur la situation des ces territoires isolés et par voie de conséquence sur les relations entretenues par les collectivités ultramarines françaises et néerlandaises avec les PTOM britanniques caribéens notamment.
Ce premier point souligne l’intérêt du numéro de la documentation photographique paru à a Documentation française consacré aux Outre-Mers Européens que l’ont doit à Jean Christophe Gay**.
Un numéro qui permet également de s’envoler vers la Nouvelle Calédonie qui est passée sous souveraineté française en 1853 et surtout organise le 4 novembre prochain un référendum d’autodétermination.

Archipel situé au milieu de l’océan pacifique à quelque 16.740 km de l’Hexagone, la Nouvelle Calédonie s’est trouvée sous le feu de l’actualité entre 1979 et 1998.
Tout avait commencé avec la création du mouvement indépendandiste, puis la prise d’otages d’Ouvéa en 1988 qui fît de nombreuses victimes civiles et militaires.
Ensuite, de très longues et difficiles négociations visant à mettre fin aux violentes émeutes allaient s’ouvrir avec l’accord de Matignon de 1988 qui en dépit de la mise au point d’un statut spécial devait se solder par un échec.
C’est en 1998 que les accords de Nouméa pour un « destin commun » signés par le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) et le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS)marquèrent un réel retour au calme.

En prévision du référendum d’autodétermination, ce territoire d’Outre-mer au statut particulier et éloigné de tout, a d’ailleurs reçu la visite d’Emmanuel Macron début mai, le chef de l’Etat mesurant toute l’importance que revêt la présence française dans le Pacifique. A cette occasion, il a remis au gouvernement calédonien l’acte de prise de possession de la Nouvelle-Calédonie.

Sur les quelques 280.000 habitants que compte la Nouvelle Calédonie ( 39,1% de kanaks- 27,2% Européens – 31, 9% autres polynésiens ) seuls 174.154 électeurs seront amenés à répondre à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? »

Une liste électorale spéciale pour cette consultation (LESC) a été établie et sur les 181.000 personnes inscrites sur la liste électorale générale, 13% n’ont pas la possibilité de voter en raison des conditions requises pour participer au scrutin. L’inscription sur la LESC est en effet restrictive, les non-natifs devant être installés en Nouvelle Calédonie avant le 31 décembre 1994 et justifier de vingt ans de domicile sans interruption.

Quoi qu’il en soit l’issue du référendum d’autodétermination apparaît ne pas devoir réserver de réelle surprise.
Un sondage réalisé par l’institut local I-Scope pour la télévision Caledonia entre le 30 juillet et le 8 août 2018 révèle que 63% des personnes interrogées ont l’intention de voter « Non » à l’indépendance, 28% veulent voter « Oui » et 9% des sondés n’ont pas encore fait leur choix. C’est bien entendu chez les Kanaks, population autochtone de l’île, qu’on se montre le plus favorables à l’indépendance.

Mais s’arrêter au seul référendum ne serait pas la meilleure façon d’appréhender les réalités qui font de la Nouvelle Calédonie, un archipel digne d’intérêt. Outre les ressources halieutiques et le tourisme, le sous sol de l’archipel regorge de ces métaux rares devenus indispensables au royaume des nouvelles technologies : nickel, cobalt, cuivre, manganèse, chrome…
AWI revient très prochainement pour de plus amples informations.

• * PTOM : Petit Territoire d’Outre-Mer
• ** Agrégé de géographie, professeur des universités à l’IAE de Nice, université Côte d’Azur. Membre de l’UMR ESAPACE-DEV (IRD,228)

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