L’ITALIE EN TÊTE DE GONDOLE D’UNE ACTUALITE POLITIQUE EUROPEENNE AGITEE (Actualisé au 1er juin 2018)

L’Italie s’offre une première place au coeur de l’actualité européenne. Ce pays connaît en effet depuis dimanche soir une nouvelle crise politique. Le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, anti-système) et la Ligue (extrême droite) ont abandonné leur projet de former un gouvernement après le refus du président Sergio Mattarella d’avaliser leur choix de l’économiste eurosceptique Paolo Savona, 81 ans, comme ministre de l’Economie.
L’idée que l’Italie ne sera pas dirigée par un gouvernement hostile à l’euro a fait monter les marchés lundi matin. Toutefois, ils ont ensuite reperdu du terrain, réalisant qu’il s’agissait-là d’une solution à court terme. Le président italien Sergio Mattarella a nommé lundi l’économiste Carlo Cottarelli, un ancien du Fonds monétaire international (FMI), à la tête d’un gouvernement de transition chargé de préparer le budget 2019 et d’organiser des élections législatives anticipées. Face à l’incertitude qui prévaut, le Premier ministre italien Carlo Cottarelli a annoncé lundi qu’il allait réunir “très rapidement” un gouvernement pour accompagner le pays vers de nouvelles élections, qui ne se tiendront pas avant l’automne ou au début de l’an prochain.

Si d’aucuns affirment que l’Italie connaît aujourd’hui la plus grave crise politique depuis la fin de la seconde guerre mondiale, Carlo Cottarelli qui a été chargé par le président de la République, Sergio Mattarella, de diriger un gouvernement de transition en attendant de nouvelles élections à l’automne, s’est voulu rassurant en apportant deux précisions importantes:
« L’économie italienne continue de croître et les finances publiques sont sous contrôle »
« Le dialogue avec l’UE pour défendre nos intérêts est essentiel et nous pouvons faire mieux mais cela doit être constructif ».

Mais le climat est lourd ! La veille, Giuseppe Conte avait finalement renoncé à être chef du gouvernement en raison d’un désaccord avec le président.
Mais c’était sans compter sur le veto de Mattarella concernant la nomination de Paolo Savona, réputé eurosceptique, qui risquait, selon le président, de menacer la confiance des investisseurs étrangers et de déstabiliser le pays.

D’où les cris d’orfraie des partis populistes qui ont appelé à sa destitution après avoir remporté le plus de voix lors des élections du 4 mars.
Sergio Mattarella a été aussitôt accusé par certains dirigeants du M5S et de la Ligue d’avoir trahi la Constitution et de répondre aux ordres des puissances européennes.

Dans ce contexte politique italien particulièrement agité, il est intéressant d’observer que Silvio Berlusconi, l’ancien Premier ministre et chef du centre-droit Forza Italia, s’est retourné lundi contre ses anciens alliés de la Ligue, affirmant qu’il était irresponsable de la part des politiciens de demander la démission de Mattarella.
« A un moment comme celui-ci, le premier devoir de chacun est de défendre les économies du peuple italien, en protégeant les familles et les entreprises de notre pays »

En choisissant un ancien fonctionnaire du FMI, Mattarella cherche à calmer les esprits à Bruxelles et dans le monde entier à propos de la montée du populisme anti-UE en Italie.

Alors que le système à la proportionnelle en vigueur n’a pas permis de former une majorité claire lors des élections du 4 mars, à en croire les sondages, la situation pourrait rester la même en cas de nouvelles élections.

Autrement dit, cette instabilité politique qui génère bien des inquiétudes en Italie fait trembler l’Europe, les réactions des places boursières européennes illustrant le malaise ambiant.

UNE NOUVELLE ELECTION AUX COULEURS D’UN REFERENDUM

Si les Italiens devaient voter contre l’UE et l’euro lors de nouvelles élections, cela représenterait le plus grand défi de l’UE depuis que la Grande-Bretagne a décidé de quitter l’Union il y a deux ans et soulèverait de nombreuses questions sur l’avenir de l’euro.

En tant que troisième économie de la zone euro, l’Italie lourdement endettée représente également une menace potentielle beaucoup plus grande pour la monnaie unique que la crise économique grecque.

Si l’élection du 4 mars a rebattu les cartes du paysage politique italien en faisant monter en puissance le populisme, un certain nombre d’Italiens considèrent néanmoins, à l’instar des Britanniques en proie au vote du Brexit, comme fondamentales les relations de leur pays avec l’Europe.

Les Italiens sont également préoccupés par leurs économies, car les marchés financiers mettent la bourse et les obligations du pays sous pression et les coûts d’emprunt augmentent.

NE PAS PERDRE LA CONFIANCE

Lors de l’assemblée générale de la Banque centrale, Ignazio Visco, gouverneur de la Banque d’Italie a tenu à avertir que tout programme ayant pour effet d’affaiblir les finances publiques de l’Italie pourrait saper la confiance et mettre en péril des années de précieuses réformes.

Cette réaction fait suite aux promesses émises par le Mouvement 5 Etoiles (M5S) anti-système et la Ligue d’extrême droite, qui ont tenté sans succès de former un gouvernement après le scrutin du 4 mars, et promis d’augmenter les dépenses publiques, de modifier les traités de l’UE et de revenir sur les réformes des retraites et du marché du travail.

S’il reconnaît que les règles de l’UE peuvent être débattues, critiquées et sûrement améliorées, Ignazio Visco précise qu’il n’existe aucun “raccourci” pour réduire la dette publique italienne, qui représente plus de 130% de la richesse nationale – un des niveaux les plus élevés en Europe.

Il affirme que la protection de l’épargne, l’équilibre des comptes et le respect des traités qui ne peuvent être ignorés sont indispensables au maintien de la confiance. Surtout lorsque l’économie italienne donne enfin des signes de redressement et que la situation des finances publiques s’améliore après des années d’efforts.

LES MARCHES PLOMBES

Le risque politique italien, mais aussi la crise politique en Espagne qui implique le Parti populaire du président du gouvernement, Mariano Rajoy, désormais menacé de censure après une affaire de corruption, inquiètent les marchés y compris outre-Atlantique.

La Bourse de New York a ouvert en territoire négatif mardi l’indice Dow Jones perdant dans les premiers échanges 205,92 points, soit un repli de 0,83%, à 24.547,17 points.
Le Standard & Poor’s 500, plus large, recule de 0,71% à 2.702,03 points, retombant sous sa moyenne mobile à 100 jours.
De son côté, le Nasdaq Composite cède 0,31% à 7.410,80 points.

La tension qui affecte les rendements et obligations en Italie est également palpable sur ceux de l’Espagne et du Portugal. Alors que toutes les places boursières enregistrent des baisses notables, le CAC 40 abandonne ce mardi en clôture 1,29% à 5.438,06 points.

Le billet vert gagne 0,51% face à un panier de devises de référence, à un plus haut depuis novembre.
Parallèlement, l’euro retombe à 1,1576 dollar, au plus bas depuis juillet dernier.

SUSPENS POLITIQUE MADE IN ITALIE

Carlo Cottarelli, chargé par le président italien Sergio Mattarella de former un nouveau gouvernement, devait présenter mercredi une liste des ministres constituée de politiciens plutôt que de technocrates. Or rien n’a été annoncé.

Après l’échec de la formation d’un gouvernement de coalition entre les partis antisystèmes et eurosceptiques, la Ligue et le M5S, la mission confiée à Carlo Cottarelli se heurte à de réelles difficultés.

Selon certaines sources politiques, ce dernier envisagerait même de renoncer à son mandat.
Il est vrai qu’il apparaît impossible que le surnommé « Monsieur ciseaux » obtienne le vote de confiance du Parlement, les partis antisystèmes ainsi que Forza Italia de Silvio Berlusconi lui étant opposés.

En cas de départ de Carlo Cottarelli, le président Mattarella n’aurait pas d’autre choix que de dissoudre le Parlement, précipitant des élections dans les 60 à 70 jours. Une échéance qui fait craindre que ces dernières ne se transforment en un référendum sur l’appartenance de l’Italie à l’euro.

Envisagées au départ pour l’automne, voire début 2019, par le président Sergio Mattarella, les élections pourraient avoir lieu plus tôt, la date du 29 commençant à circuler.

D’ailleurs Matteo Salvini leader de la Ligue a déclaré : « Plus tôt nous voterons, mieux c’est parce que c’est le meilleur moyen de sortir de ce bourbier et de cette confusion »

De son côté , la gauche italienne pousse à de nouvelles élections et veut en faire un référendum sur l’Italie dans ou hors de l’euro, l’ancien chef du gouvernement Matteo Renzi ayant estimé « Ce sera la question centrale »

Les places boursières sont secouées par les risques politiques italiens, même si la Bourse de Milan s’est redressée tout comme Wall Street, le CAC40 terminant pour sa part la séance de mercredi sur une petite baisse de 0,20%.

Le suspens est à son comble. Demain jeudi sera un autre jour.

M5S ET LIGUE CHERCHENT MINISTRE DE L’ECONOMIE

Les chefs de file du Mouvement 5 Etoiles (M5S) et de la Ligue se sont rencontrés jeudi à Rome pour tenter de trouver un accord sur le nom d’un ministre de l’Economie afin de former un gouvernement de coalition et éviter des élections anticipées.

Les deux dirigeants espèrent trouver un accord dans la journée, voire vendredi.

Selon les sondages si des élections anticipées sont organisées, la Ligue, devrait connaître une forte progression par rapport à son résultat du 4 mars (plus de 25% des voix contre 18%), tandis que le M5S resterait au même niveau, environ 32% des voix, ce qui en fait le premier parti du pays.

Cela pourrait inciter la Ligue à préférer un scrutin anticipé à un accord de gouvernement conclu sur la base d’un compromis avec Mattarella et les europhiles.

Et comme si la crise politique en Italie ne suffisait pas à miner l’ambiance, l’administration Trump a annoncé jeudi l’application de tarifs douaniers supplémentaires sur les importations d’acier et d’aluminium européens, à la veille de la date limite de l’exemption accordée par Washington à l’Union européenne. Ces taxes visent l’UE, le Canada et le Mexique.

Résultat, le CAC 40 affiche une nouvelle baisse de 0,53 % en clôture.

FORMATION D’UN GOUVERNEMENT

Le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite) sont parvenus jeudi à former un gouvernement après trois mois d’incertitude politique, avec un programme de lutte contre l’immigration et de contestation des règles budgétaires européennes.
Le gouvernement sera officiellement investi vendredi à 16h00 à Rome (14h00 GMT) et devra également obtenir la confiance des deux chambres du Parlement, la semaine prochaine.

Après plusieurs heures de discussions à Rome, le chef du gouvernement qu’ils avaient choisi, Giuseppe Conte, professeur de droit peu connu et sans expérience électorale, affilié à aucun parti mais proche du M5S, a présenté sa liste de ministres après avoir été chargé de former le gouvernement par le président Matarrella pour la seconde fois en huit jours.

Matteo Salvini sera ministre de l’Intérieur, tandis que Luigi Di Maio prendra la tête d’un nouveau ministère renforcé combinant les portefeuilles de l’Industrie et du Travail. Salvini et Di Maio seront également tous deux vice-présidents du Conseil.
Giovanni Tria, président de l’Ecole nationale d’administration italienne et professeur d’économie politique à l’université romaine de Tor Vergata, occupera donc le ministère de l’Economie, tandis qu’un ancien ministre des Affaires européennes, Enzo Moavero Milanesi, sera ministre des Affaires étrangères.

LES MARCHES RESPIRENT
A l’issue d’une semaine d’intrigues et de bouleversements politiques et économiques en Europe mais aussi outre-Atlantique, les marchés financiers ont repris leur souffle vendredi.

Le CAC 40 progresse en clôture de 1,24 % et la Bourse de Milan s’offre une hausse de + 2% après avoir gagné près de 5% en cours de journée.

En cause , la nomination d’un ministre de l’Economie et des Finances pro-européen en Italie en la personne de Giuseppe Tria, un professeur d’économie politique eurocritique que l’on dit néanmoins ouvert au débat et favorable au maintien du pays dans l’euro.

Ni la démission de Mariano Rajoy, chef du gouvernement conservateur en Espagne qui est remplacé par Pedro Sanchez, chef de file des socialistes; ni les mesures protectionnistes concernant la surtaxation de l’acier et de l’aluminium provenant d’Europe, du Canada, du Mexique prises par le président des Etats-Unis et entrées en vigueur ce même jour, n’ont influencé la tendance haussière des places boursières.

Reste à savoir si cet apaisement palpable sera durable.

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